Le personnel de l'Administration Télégraphique




Les stationnaires

Les stationnaires ou télégraphistes représentent la majorité du personnel.

Deux catégories : Les stationnaires de postes de Directions, tels que Metz ou Strasbourg. Leur salaire est équivalent à celui d’inspecteur. (Nous y reviendrons pour montrer le pourquoi de ce statut particulier.)

Il se situe en bas de l’échelle pour la deuxième catégorie. Ils sont de service 365 jours par an, de l’aube au crépuscule. Il touche autant qu’un manœuvre ou journalier. Malgré le salaire de misère les pénalités pour fautes tombent, par des retenues ou des mises à pied. Au début de la télégraphie, ils ont entre 20 et 30 ans, viennent en grande majorité de la région parisienne probablement parce qu’ils ont été recrutés par les frères Chappe eux-mêmes. Par la suite, les directeurs assumeront cette formation afin d’avoir un certain nombre de surnuméraires disponibles en cas de besoin. Avant d’être télégraphistes, ils ont exercé des métiers variés, mais ayant en général un rapport avec le bois ou le métal (pour l’entretien du matériel).

Fin 1800, on engage des militaires invalides (imposés par le pouvoir en place et aussi par souci de faire des économies), mais très vite on préfère engager des personnes formés localement. Les difficultés financières feront que les stations seront occupées parfois par un seul employé, du lever au coucher du soleil et par tous temps.

Théoriquement, aux débuts, ils sont au nombre de deux par poste à faire fonctionner le télégraphe : l’un est chargé de l’observation à la lunette alors que l’autre manipule les commandes. Très rapidement, pour des raisons pratiques, le poste ne sera plus occupé que par une seule personne à mi-temps, mais le travail restera le même.

Seul au poste, le stationnaire observe à la lunette les signaux émis de part et d’autre, remplit le procès-verbal prévu à cet effet, et manipule les commandes pour transmettre à son tour au poste suivant. Ce procès-verbal indiquera le fautif lors de transmissions erronées.
Comme on l’a dit, les fautes et les retards sont sévèrement sanctionnées, jusqu’à la destitution.

La manœuvre d’un signal doit être rapide et précis. L’administration télégraphique lance des affirmations triomphantes en affichant des temps de parcours très en dessous de la vérité.
Quand elle mentionne par exemple, que les nouvelles de Paris sont reçues à Brest en 8 minutes, elle évite de dire qu’il y a un décalage horaire d’environ 20 minutes, du fait qu’à cette époque, l’heure employée partout est l’heure locale, ce que la plupart des gens ignoraient. (Le décalage horaire de Strasbourg à Brest est de 48 minutes).

Lorsque des réparations urgentes sont à effectuer, il est hors de question d’arrêter les transmissions et pendant que l’un répare, l’autre stationnaire requit, porte le message reçu, mais non retransmis, au poste suivant. Soit un aller-retour à pieds d’environ 20 km. Ils profitent du travail à mi-temps, des périodes d’intempéries, pour faire des «petits boulots» afin de compléter leurs revenus ; jusqu’à braconner ! La retraite ? On travaille jusqu’au bout, le record étant atteint par un stationnaire de Mercy (Moselle) qui décède à 81 ans.

Les stationnaires sont surveillés par les Inspecteurs et souvent dénoncés par leurs concitoyens. Les employés en majorité s’acquittent très bien de leur tâche : la rapidité de la transmission des nouvelles étant là pour le prouver.
Très souvent seul pour ces travaux quotidiens, grimper au mât lorsqu’il se trouvait sur un édifice tel que le Palais de Justice de Metz, ou le clocher d’une église était une performance de casse-cou. Qui le ferait actuellement ? Certains furent destitué, pour avoir refusé de le faire. Les archives mentionnent des mésaventures et accidents divers, même un cas mortel sur la Division de Metz..

Notre stationnaire est à son poste de travail devant le manipulateur, avec pour mission d’observer aux lunettes, les signaux transmis des postes correspondants en amont et en aval.
Chaque station est équipée de deux lunettes fixées sur des supports (genre de gouttières en bois ou en zinc) et dirigées vers les deux stations les plus proches, comme déjà dit en moyenne à une dizaine de km. De différentes forces, selon les besoins, elles grossissent entre 30 et 65 fois. Si la partie mécanique est sommaire, la mise au point est effectuée une fois pour toutes.
A noter deux types de lunettes (parfois appelées longue-vue, lorgnette ou même télescope) : la lunette de stationnaire et la lunette d’inspecteur (ci-contre).
Les lunettes dont se servent les inspecteurs à des fins de contrôle ne sont pas spécifiques au télégraphe, mais sont celles qu’utilisent les militaires, les marins etc., ont un grossissement qui ne dépasse pas trente fois.

Le signal passe de station en station, le stationnaire qui le regarde, l’inscrit sur un procès-verbal en mentionnant l’heure de réception à la seconde près. Une pendule réglée chaque matin à l’ouverture de la ligne est dans chaque poste à cet effet. Il retransmet au poste suivant le signal, surveille s’il a été bien enregistré par ce dernier, et prend note du signal suivant et ainsi de suite.

A l’exception des signaux de services, le stationnaire ignore totalement leurs significations.
Le message étant crypté au départ par le directeur émetteur, il est décodé par le directeur récepteur, avant d’être adressé par une estafette au destinataire final, qui est la plupart du temps une autorité civile ou militaire. Pendant la période de transmission des n° de la loterie Nationale, le message était porté au mandataire local.
Pour codifier et déchiffrer les messages, les directeurs possédaient un document, top secret, dénommé vocabulaire.